Les locomotives de travaux ; type 020, 030 Saint-Léonard et 030 Couillet

Les locomotives de travaux ; type 020, 030 Saint-Léonard et 030 Couillet

La formule généralement employée consistant à se servir des machines d'exploitation pour assurer les travaux fatiguait énormément les matériels de traction et bien souvent occasionnait des dépenses hors de proportion pour la remise en état des engins en vue de l'exploitation. C'est pourquoi, mises à part les machines 11 et 12 Saint Léonard, les C.F.D. furent amenés à commander des engins supplémentaires pour les travaux de ballastage sur les lignes en construction.

Les locomotives type 020

Ces machines furent approvisionnées par les C.F.D. dans le but d'assurer les transports de déblais et de matériaux de construction des lignes de Ponte-Leccia à Calvi et de Casamozza au Fium Orbo. Nous n'avons que peu de renseignements sur ces machines qui ne furent pas employées au service commercial du réseau de la Corse.

Au nombre de trois, elles furent commandées à l'usine de Marcinelle et Couillet en 1885 et construites l'année suivante. Elles avaient une chaudière timbrée à 9 kg et possédant 70 tubes pour une surface de chauffe de 16,16 m2. Leur puissance était de 6 cv et permettait juste de remorquer quelques plateformes de terrassement. Elles furent reçues à Bastia le 26 avril 1886 et mises en service à partir du 7 juin suivant.

Ces trois machines furent garées en 1900, en très mauvais état, puis vendues à la ferraille.

Locomotive 030 Saint-Léonard série 4-5 en gare de Villeneuve-le-Comte sur la ligne de Lagny à Mortcert
Locomotive 030 Saint-Léonard série 4-5 en gare de Villeneuve-le-Comte sur la ligne de Lagny à Mortcert

Les locomotives type 030 Saint-Léonard

Description de la locomotive type 030 Saint-Léonard

Commandées en 1888 aux usines Saint-Léonard à Liège, ces deux unités, très proches du type Indre-et-Loire, étaient destinées à la traction des trains de ballast des différents chantiers de pose des voies sur les réseaux en cours de construction.

Plus lourdes et plus puissantes que ces dernières, leur empattement réduit à 1,90 m seulement, leur conférait une tenue de voie médiocre, encore aggravée par l'attaque de la bielle motrice sur le troisième essieu. Elles avaient la particularité de posséder un châssis intérieur aux roues. La porte de boite à fumée était à deux vantaux. Le dôme se situait sur la virole arrière et les soupapes de sûreté, à charge directe, étaient reportées sur le foyer. Leur abri comportait une paroi frontale percée de deux baies à visière. Il était ouvert sur les côtés, ainsi qu'à l'arrière où deux colonnettes supportaient le toit.

Leur livrée était vert olive à filets rouges et une plaque ovale en laiton comportant le nom de la compagnie et le n° de la machine était fixée au milieu des caisses à eau. Les traverses avant et arrière peintes en rouge vermillon portaient les inscriptions « N ° » à gauche et le numéro de la machine à droite du tampon central.

Locomotive 030 Saint-Léonard n°5 au dépot de Meaux, peu avant sa vente à la ferraille
Locomotive 030 Saint-Léonard n°5 au dépot de Meaux, peu avant sa vente à la ferraille

Livraison et affectations de la locomotive type 030 Saint-Léonard

Dès leur sortie d'usine, elles furent affectées aux chantiers de pose de la voie de la ligne de Charente d'Angoulême à Rouillac. Employées quelque temps à l'exploitation, à partir de l'ouverture au service régulier, elles ne tardèrent pas à rejoindre le réseau de la Corse pour seconder les machines 1 à 3 devenues insuffisantes pour faire face aux travaux de pose de la voie sur les lignes de Calvi et du Fium Orbo. Reçues le 26 mars 1890 à Bastia, elles restèrent sur le réseau jusqu'en janvier 1895. Ramenées sur le continent dans le courant du mois de février, elles furent dirigées sur les ateliers de Neuillé-Pont-Pierre pour y être remises en état, dans le but de remplacer les unités Indre-et-Loire devant être envoyées en usine pour R. G.

Répertoriées provisoirement 4 bis et 5 bis, afin de les différencier de la série en usage sur cette ligne, elles assurèrent les trains du service régulier à partir du 18 décembre 1895 pendant deux ans, puis furent garées en réserve, après la réception des dernières unités remises en état par les ateliers Saint-Léonard.

Locomotive 030 Couillet série 11-12 dans son état d'origine, lors des travaux de pose de la voie sur le réseau des Charentes
Locomotive 030 Couillet série 11-12 dans son état d'origine, lors des travaux de pose de la voie sur le réseau des Charentes

Expédiées à Villeneuve-le-Comte en janvier 1900, la 4 fut vendue à l'Entreprise Cordier, adjudicataire des travaux de construction de la section Villeneuve-le-Comte-Mortcerf, et la 5 fut employée au service régulier, afin de renforcer le parc squelettique de cette ligne. Un double tamponnement lui fut monté, le matériel de cette ligne étant doté de ce système. A partir de 1902, pour l'ouverture complète de la ligne, on lui remit le tamponnement d'origine, un nouveau matériel du type en usage sur les réseaux de la Compagnie ayant été approvisionné.

Cette machine resta affectée au dépôt de Mortcerf jusqu'en 1934, époque à laquelle la ligne fut fermée. A cette occasion, elle fut mutée au dépôt de Meaux à titre de renfort. Garée peu après, elle ne fut réformée qu'à la fin de la seconde guerre mondiale et ferraillée en 1958.

La machine 4 fut employée par l'Entreprise Cordier pour la construction des lignes du réseau S.E. de Seine-et-Marne et on la retrouve quelques années plus tard en Loir- et-Cher à l'occasion de la construction des lignes de Vendôme à Mondoubleau et au Gué-du-Loir.

Les locomotives type 030 Couillet

Description de la locomotive type 030 Couillet

Construites en 1884 par les usines Marcinelle et Couillet, ces deux machines, affectées des n° 11 et 12, étaient destinées à assurer la desserte des chantiers d'infrastructure des lignes en construction, ainsi qu'au ballastage et à la pose des voies.

Beaucoup plus puissantes que les Saint-Léonard, elles avaient une meilleure tenue de voie que ces dernières en raison de leur poids plus élevé et de leur empattement de 2,400 m. La chaudière, plus longue, avait permis, avec un foyer identique, d'augmenter la longueur des tubes, dont le nombre avait été porté à 1317 La surface de chauffe passait ainsi de 36,56 m2 à 60,33 m2 permettant d'obtenir une vaporisation nettement plus élevée.

Les cylindres plus largement dimensionnés, permettaient d'augmenter sensiblement l'effort de traction de ces machines, malgré le plus grand diamètre de leurs roues motrices, leur permettant d'atteindre de plus grandes vitesses.

Le dôme de vapeur était placé sur la première virole et supportait des soupapes à balance. La porte de boite à fumée était du type à double vantaux, alors en usage à cette époque. Leur abri préfigurait celui de la série 7-8 d'Indre-et-Loire.

Ces machines étaient peintes en vert olive avec filets rouges et portaient sur leurs flancs une plaque ovale en laiton indiquant le numéro de la machine et la désignation de la Compagnie. Les traverses avant et arrière étaient peintes en rouge vermillon et bordées de blanc. Le monogramme de la compagnie et le numéro de la machine étaient peints en blanc et placés de part et d'autre du tampon central.

Livraison et affectations de la locomotive type 030 Couillet

Elles participèrent à la construction des différents réseaux de la compagnie, suivant les besoins, puis furent mutées en Algérie en 1896 pour participer à la pose de la vole sur la ligne de la Compagnie Franco-Algérienne de Mostaganem à Tiaret dont la construction avait été adjugée aux C.F.D. Trois ans plus tard, ces opérations étant terminées, ces machines furent rapatriées à Saint-Jean- d'Angély et passées en révision générale, en vue de leur emploi sur la section de Ferrière- d'Aunis à Epannes.

En effet, leur puissance et le diamètre élevé de leurs roues les apparentaient à la série en service sur les lignes IG des Charentes. Cette affectation permit à la Compagnie de s'affranchir de l'acquisition de locomotives neuves et de réaliser une excellente opération financière en se débarrassant d'engins d'un type périmé pour lequel il aurait été difficile de trouver un acquéreur.

Locomotive 030 Couillet n°12 au dépot de Ferrière-d'Aunis, sur le réseau des Charentes
Locomotive 030 Couillet n°12 au dépot de Ferrière-d'Aunis, sur le réseau des Charentes

Au cours de leur passage aux ateliers de Saint-Jean-d'Angély, leur chaudière fut retimbrée et l'on en profita pour effectuer le remplacement du faisceau tubulaire, du foyer et la mise en place d'une porte de boite à fumée ronde, plus moderne.

La n° 11 ne fit pas un long service, car elle fut garée, dès 1908 et servit de magasin de pièces de rechanges pour la n° 12. Ses plaques ovales furent utilisées sur le premier tracteur diésel-électrique construit par les ateliers de Saint-Jean-d'Angély. Sa carcasse fut vendue à la ferraille en 1935.

La n° 12, affectée au dépôt annexe de Ferrière-d'Aunis, assura le service de la ligne d'Epannes, jusqu'à sa radiation des effectifs, en 1945.

Plan de la locomotive type 030 Saint Léonard (Echelle 1/43.5)
Plan de la locomotive type 030 Saint Léonard (Echelle 1/43.5)
TABLEAU DE LIVRAISON DES LOCOMOTIVES DE TRAVAUX
N° C.F.D. N° de Con. Constructeur Année Construction Date de Livraison Date de mise en service Observations
1 837 Couillet 1886 26.04.86 07.06.86 Réforme 1900
2 838 1886 26.04.83 07.06.86 Réforme 1900
3 839 1886 26.04.83 07.06.86 Réforme 1900
4 812 St Léonard 1889 30.04.89 10.09.89 (1) Vendue 1900
5 811 1889 30.04.89 10.09.89 (1) Réforme 1939
11 698 Couillet 1884 04.02.85 11.01.00 (1) Réforme 1908
12 699 1884 04.02.85 11.01.00 (1) Réforme 1945

(1) Date de remise au service de l'exploitation

source : MTVS 1988-4

Articles connexes

Contactez-nous