La constitution du réseau de la Corse

La constitution du réseau de la Corse

Autonomie et isolement

La vie de ce chemin de fer très particulier, du fait d'une part de son autonomie (Chemin de fer non concédé) et d'autre part de son isolement, fut très mouvementée puisqu'il comptait jusqu'en 1989, cinq exploitants successifs.

La naissance du réseau de la Corse

Après les événements de 1870, alors que l'île voisine de Sardaigne bénéficiait déjà de lignes de chemins de fer, la Corse commença à s'impatienter d'être privée du progrès que constituait ce moyen de transport.

Les premières études entreprises se heurtèrent aux difficultés d'établissement dues au relief montagneux. C'est pour y pallier qu'une Décision Ministérielle du 3 mai 1877 prescrivit l'adoption de la voie métrique avec rails Vignole en acier de 20 kg le mètre courant, mais en limitant les déclivités à 20 mm par mètre sur la ligne centrale d'Ajaccio à Bastia et à 25 mm sur les trois autres lignes projetées d'Ajaccio à Propriano, de Ponte-Leccia à Calvi et de Casamozza à Bonifacio.

Train de voyageurs en gare de Corte. On remarque à gauche le dépôt et les ateliers (Collection J.RENAUD)
Train de voyageurs en gare de Corte. On remarque à gauche le dépôt et les ateliers (Collection J.RENAUD)

Le concept de la construction des premières lignes du réseau de Corse

Les études furent poursuivies en fonction de ces directives par les ingénieurs des P et Ch. et portèrent en priorité sur l'itinéraire Bastia - Ajaccio. Dès que les avant-projets des deux sections extrêmes de cette ligne : Ajaccio - Ucciani et Corte - Bastia furent suffisamment avancés, un projet de loi fut déposé le 28 mars 1878, tendant à leur déclaration d'utilité publique. Adopté définitivement par la Chambre et le Sénat respectivement les 6 et 8 juin suivants, la loi fut promulguée le 17 juin 1878. La construction de ces deux tronçons devait être entreprise immédiatement et il était prescrit de poursuivre les études de la section intermédiaire d'Ucciani (Mezzana) à Corte.

Train de voyageurs en gare de Vizzavona : Locomotive 031 n° 41 (Collection J.RENAUD)
Train de voyageurs en gare de Vizzavona : Locomotive 031 n° 41 (Collection J.RENAUD)

Ces dernières furent menées à bien par les ingénieurs des Ponts et Chaussées et, l'année suivante, un nouveau projet de loi put être déposé le 27 novembre, adopté les 1 8 et 20 décembre par la Chambre et le Sénat de sorte que la loi du 27 décembre 1879 déclara d'utilité publique la section de Mezzana à Corte.

Parallèlement, les trois autres lignes dont la nécessité avait été reconnue, mais dont les études étaient moins avancées, furent classées par la loi du 17 juillet 1879, plus connue sous le vocable de Loi Freycinet, sous les numéros :

  • 143 Ajaccio - Propriano,
  • 144 Ponte-Leccia - Calvi,
  • 145 Casamozza - Bonifacio,

La détermination des conditions d'établissement et d'armement des lignes de la Corse furent, en raison de leur caractère spécial, (c'était en effet les premières lignes d'intérêt général établies à voie étroite), confiée par le Président du Comité de l'exploitation technique des chemins de fer (organisme créé au Ministère des Travaux Publics par arrêté ministériel du 25 janvier 1879) à une Commission spéciale constituée à cet effet Une sous-commission du matériel composée de MM.

  • Jules Martin, ing. en chef des P.et Ch., adjoint à la direction des Chemins de Fer de l'Etat
  • Ch. Ledoux, ingénieur-en-chef des Mines
  • Albert Sartiaux, ing. en chef des P. et Ch., sous-chef de l'exploitation du Chemin de Fer du Nord, rapporteur.
  • Bandérall, ing. chargé du Service central du Matériel et de la traction du Chemin de Fer du Nord, rapporteur.

(M. Sévène, ing. en chef Des P. et Ch., directeur de la Cie d'Orléans succéda à M. Marié en 1882 comme président), rédigea des rapports très documentés, tant sur la plateforme, la voie, que sur le matériel remorqueur et roulant, qui furent remis au Comité technique et servirent de bases à l'établissement et à l'armement des premières lignes.

Carte du réseau de la Corse
Carte du réseau de la Corse

Les projets de loi

En 1882, l'avancement des travaux des sections de Bastia à Corte et d'Ajaccio à Mezzana pouvant laisser prévoir la possibilité d'une mise en service prochaine, M. Varroy, ministre des T.P. déposa le 27 juillet un projet de loi autorisant l'Administration à commander immédiatement le matériel remorqueur et roulant dont elles devaient être pourvues, sans attendre l'issue des pourparlers engagés avec diverses Sociétés en vue de leur exploitation. Mais son successeur, M. Hérisson, qui était sur le point de conclure un traité pour l'exploitation et la poursuite de la construction du réseau retira ce projet de loi le 14 novembre 1882.

Deux projets de loi : Ponte-Leccia à Calvi et Casamozza à Bonifacio

Durant cette même période 1881 - 1882, deux projets de loi concernant les lignes de Ponte-Leccia à Calvi et de Casamozza à Bonifacio furent déposés sur le bureau du Parlement respectivement les 6 novembre 1881 et 20 mars 1882.

Trains en correspondance en gare d Ponte-Leccia. A droite mixte pour Ajaccio remorqué par une locomotive 031 Fives-Lille (Collection J.RENAUD)
Trains en correspondance en gare d Ponte-Leccia. A droite mixte pour Ajaccio remorqué par une locomotive 031 Fives-Lille (Collection J.RENAUD)

Le projet pour la ligne de Ponte-Leccia à Calvi

Pour la première nommée, deux tracés avaient été étudiés par les ingénieurs des Ponts et Chaussées. Ces deux tracés avaient un parcours commun sur 28 km de Ponte-Leccia à Palasca. Au-delà de cette station, le premier d'entre eux desservait Belgodère et Aregno d'où un embranchement se dirigeait vers Mie-Rousse, tandis que la ligne principale continuait vers Calvi à proximité de la RN 197. Bien que plus coûteux, il avait l'avantage de desservir un plus grand nombre de localités et, par conséquent, laissait espérer des recettes plus considérables. Cependant, il suscita l'hostilité des habitants de l'Ile Rousse qui craignaient de voir la suprématie de leur port compromise au profit de Calvi.

Le second tracé desservait également Belgodère, se dirigeait vers l'Ile-Rousse, puis atteignait Calvi en longeant la côte. La longueur à construire était inférieure de 4 km, mais le coût était réduit de près de moitié. D'autre part, le trajet de l'Ile- Rousse à la ligne de Bastia à Ajaccio était ramené de 68,100 à 50,500 km, soit un gain de 17,600 km.

Au cours des délibérations à la Chambre des Députés, ce fut le second tracé qui l'emporta définitivement le 30 mai 1 882 et le Sénat émit un vote conforme le 5 août suivant ; la loi du 21 août 1882 déclara la ligne de Ponte-Leccia à Calvi d'utilité publique.

Train de voyageurs en gare de Calvi,remorqué par la locomotive 130 Fives-Lille n° 53. On remarque les voitures à couloir (Collection Vie du Rail)
Train de voyageurs en gare de Calvi,remorqué par la locomotive 130 Fives-Lille n° 53. On remarque les voitures à couloir (Collection Vie du Rail)

Le projet de loi pour la ligne de Csamozza à Bonifacio

Le second Projet de loi déposé le 20 mars 1882 ne concernait qu'une section de 72 km, comprise entre Casamozza et le Fium'Orbo de la ligne classée sous le n° 145 par la Loi Freycinet. Son adoption par la Chambre et le Sénat, respectivement les 19 juin et 31 juillet 1882 fut moins controversée et ce premier tronçon de la ligne de Casamozza à Bonifacio fut déclaré d'utilité publique par la loi du 5 août 1882.

source : MTVS 1984-4

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